J'en avais entendu parler depuis longtemps. Au cours de mes escapades avec Pauline dans le département de Santander, des instructeurs de parapente le mentionnaient comme le vol ultime, la pure sensation. Je n'avais jamais pu le vérifier. Jusqu'à ce jour où nous avons traversé le fameux Canyon du Chicamocha.
C'est parti d'un plan fou. Catalina, amie de longue date de ma belle, voulair faire ce trek avant de filer vers la France pour y perdre son temps dans quelque université parisienne. Un dernier au revoir à cette contrée aride au relief torturé dont elle est originaire. Il aura fallu tout l'enthousiasme de Brenda pour le faire, ce trek. J'en reste encore rêveur.
J'ai retrouvé avec émotion le calme colonial de Barichara, dont nous avions contemplé l'éveil un matin de mars 2008 avec Pauline. Un petit moment suspendu. Cette fois, la parfaite attention de Marie Margarita et de son mari Jairo, le petit déj royal, l'ombre fraîche du patio de La Plazuela, notre auberge pour la nuit, ont ouvert en douceur les hostilités.
Jour 1: Barichara - Villanueva - Jordan
Les indications confuses d'un guide qui datait un peu nous mènent bon an mal an à travers la garrigue, sous le soleil qui commence à se faire sentir. On longe le fil d'une montagne pour finalement descendre, après un petit égarement à travers les champs de tabac, vers Villanueva. C'est là que nous faisons la connaissance de Pablo, humble cultivateur de tabac ventripotent qui nous fait découvrir son "caney", l'abri utilisé dans la région pour le séchage des précieuses feuilles. Je m'extasie devant la beauté des lignes, comme en témoignent les images.
Pause à Villanueva, sur la place du village. Je m'arrêterais bien là, tout trempé de sueur que je suis et, j'avoue, un peu flemmard par nature... Rien à faire, les femelles faisant la majorité, j'obéis. On continue donc vers le canyon, en compagnie de quelques chiens amis d'un jour qui nous suivront un bon moment.
Et là c'est comme une épiphanie. Le canyon est là, devant moi, béant, majestueux. Dans un regain d'énergie nous dévalons le sentier pendant encore deux heures trente, au milieu d'un vent chaud et cinglant, jusqu'à Jordan, improbable bourgade posée au fond du canyon. 60 habitants. Il est 18 heures. C'est l'heure de la messe, qui se fera à la bougie pour cause de panne générale de courant. Image inoubliable.
Nous somme fourbus, étourdis par 8 heures de crapahute. Nuit dans une chambre nue, louée après la messe à la mairesse du village qui y installera elle même les matelas. Fonctionnaire modèle...
Jour 2: Jordan - Mesa de Los Santos
Nous sommes descendus la veille. 800 mètres de dénivelé depuis le haut du canyon. Maintenant, Ô logique implacable, il faut remonter. (Soupir, j'ai encore mal aux cuisses). Je bénis pendant l'ascension l'illuminé teuton Geo Von Lengerke qui au 19ème siècle s'attela à l'immense tâche de paver les "caminos reales" de la région, usant jusqu'à la carne des cohortes d'indigènes embauchés pour l'occasion. Après les pyramides d'Egypte et la muraille de Chine, une fois encore la barbarie fait l'histoire et engendre une merveille.
Grâce aux solides pavés du chemin, la grimpette est donc moins dure que prévu. Après quelques pauses et des vues sans pareil, nous atteignons finalement en fin de matinée la Mesa de Los Santos où nous attendent quelques litres d'eau et les parents de Cata, chez qui je m'éffondrerai finalement pour une sieste délicieuse, pour allonger cette fatigue dont on est fier, celle de l'effort récompensé. 11 heures de marche et 1600 mètres de dénivelé sur deux jours, pas si mal.
Retour à Medellin assez étrange le lendemain. Mon esprit est toujours là bas, en compagnie de la mairesse de Jordan et du fou Lengerke, là bas, au fond du canyon où le temps ne passe plus.
De belles images dans l'album Chicamocha.
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